Description
On ne peut pas dire que Daniel prend son père très au sérieux. Gourou d’une secte croyant l’accès à la vie éternelle par le biais du clonage, le vieil homme entraîne son fils à travers la banlieue française à la recherche de disciples potentiels. Il prend peu de temps avant que Daniel décide d’abandonner son père pour mener une existence normale. Quelques années plus tard, il accepte néanmoins l’invitation de retrouver le prophète sur une île tropicale. Là-bas, il découvre un laboratoire à la haute pointe de la technologie et une armée d’apôtres prêts à suivre le prophète dans cette aventure. Le doute s’installe alors en Daniel. Serait-il possible que ce projet insensé puisse se concrétiser ? La seule personne qui pourrait répondre à cette question est son clone, celui qui, prisonnier d’une grotte le protégeant des ravages de l’Apocalypse, brise sa solitude en lisant le récit de son être d’origine tout en se préparant à éventuellement explorer la planète telle qu’elle existe après la fin de l’humanité.
Ayant déjà à son actif quelques courts métrages, il était tout à fait naturel que Michel Houellebecq, sans conteste l’une des plus grandes figures de la littérature contemporaine, décide de mettre en scène un premier long métrage. Pour ce baptême cinématographique, il a opté pour une adaptation de
LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE, son dernier roman à ce jour. Lors de sa sortie en France, le film a radicalement divisé les critiques, recevant à la fois éloges et critiques incendiaires. Compte tenu de la réputation de provocateur de l’auteur de “Les particules élémentaires,” pouvait-il en être autrement ? Écrivain de désespoir aux propos controversés, Houellebecq n’a jamais créé l’unanimité. Mais au-delà de la polémique entourant le romancier se trouve un ambitieux film de science-fiction existentialiste au propos éloquent. L’évolution de Daniel au sein d’une secte directement inspirée du mouvement raëlien permet au réalisateur de démentir la promesse du bonheur par la vie éternelle en nous emportant dans un monde futuriste où les sentiments humains s’avèrent en péril. En réunissant en une même oeuvre la rigueur intellectuelle d’Alain Resnais, l’imagerie étrangère d’Alejandro Jodorowsky et, surtout, le mordant humour noir de ses romans, Michel Houellebecq dépeint avec brio les angoisses de notre génération et de celles à venir.
—Simon Laperrière