Description
A.J. Bowen (
THE SIGNAL,
HOUSE OF THE DEVIL) se donne à fond dans son interprétation magistrale de Garrick Turrell, un tueur en série étrangement épris de compassion et rongé par la culpabilité, qui, après son évasion de prison, se lance dans une poursuite à travers le sud des États-Unis pour retrouver sa petite amie qu’il a trahie. Le film est rempli de personnages tragiques et fragiles, mais le plus remarquable de tous est Sarah (Amy Seimetz), une alcoolique en rémission. Paralysée par son sentiment de culpabilité envers son ancienne routine l’ayant aveuglée aux aventures nocturnes sanglantes de son amoureux, Sarah rencontre Kevin (Joe Swanberg) dans son groupe des A.A. Ce dernier semble être une valeur assez sécuritaire pour qu’elle puisse tenter à nouveau la vie de couple, mais alors que les anciens buveurs se rapprochent, la piste de cadavres laissée par son ex troublé et ses pulsions meurtrières commence à se resserrer.
Dans ce film d’Adam Wingard, l’un des trois au programme du festival cette année (voir aussi
WHAT FUN WE WERE HAVING et le psychédélique
POP SKULL), la reconstruction elliptique du récit à travers des séquences présentées en désordre où le présent est souvent interrompu par le passé provoque un effet pratiquement fantomatique. Si le
POP SKULL de Wingard employait des éléments provenant des histoires spectrales,
A HORRIBLE WAY TO DIE utilise le concept de la hantise en tant que souvenir ne lâchant jamais prise. Comme toute emprise, Garrick Turrell en est une dont Sarah ne pourra se débarrasser facilement. Garrick réussit à être l’un des personnages les plus fascinants dans le registre des tueurs en série. Chacun de ses mouvements est accentué par une conception sonore ambiante, une teinte bleutée agrémentée de couleurs saturées créant une riche palette visuelle ponctuée d’effets des années 70 comme des éclats de lumière dans la lentille et des boules lumineuses à la dérive.
Il est souvent déploré que dans les relations amoureuses, les gens ont tendance à montrer le pire d’eux-mêmes à ceux qu’ils aiment le plus, mais dans
A HORRIBLE WAY TO DIE, l’ambiguïté morale est créée par le simple fait que Garrick est dépeint comme le partenaire idéal de plusieurs façons : empathique, attentionné, doux et charismatique. Est-ce qu'accomplir des gestes horribles envers des inconnus permet d’épargner ceux qu’on aime? Baignant dans la tristesse et le regret,
A HORRIBLE WAY TO DIE n’est pas simplement une réussite fulgurante dans le cinéma de genre, c'est aussi une méditation sur notre bagage à chacun qui, ultimement, nous laisse profondément seul.
—Kier-La Janisse (traduction Patrick Lambert)