Billets

Tokyo Drifter

  • Japon
  • 1966
  • 83 mins
  • HD
  • Japonais
  • Anglais (sous-titres)

“Like a hybrid of James Bond and MGM musicals, laced with LSD” — G. Allen Johnson, SFGATE

“Stunning subversion of commercial gangster genres, wildly over-the-top, stylistically imaginative, and totally watchable” — GUARDIAN



Il n’est pas surnommé « Phoenix » Tetsu pour rien. Après avoir suivi les apparentes traces de Kurata, son estimé patron, Tetsuya Hondo décide de quitter la vie criminelle pour se ranger. Néanmoins, le clan ne le laisse pas filer si facilement. Lorsque, dans le feu de l’action, Hondo se sert de son code d’éthique tel un solide bouclier, le jeune et arrogant criminel est envoyé à la dérive dans un endroit reculé : l’épée de Damoclès est maintenant juste au dessus de sa tête, qui pourrait bientôt rouler. Un tueur à gages, « Viper » Tatsuko, est à ses trousses. Ça s’en vient drôlement dangereux. Et confus. Mais cool. Vraiment cool.

C’était un loup solitaire, avec son propre code impitoyable. Son patron croyait qu’il pourrait toujours le tenir en laisse. Il avait tort — et la vengeance est un plat qui se mange… désolé, vous croyiez qu’on parlait toujours de Tetsuya Hondo, la vedette dure à cuire de TOKYO DRIFTER? Non, on faisait plutôt référence à Seijun Suzuki, l’iconoclaste réalisateur du film. Après plus d’une décennie d’extrêmement efficaces séries B réalisées pour Nikkatsu (particulièrement des films yakuza), l’incontestablement talentueux et artistiquement exaspéré Suzuki était en pleine révolte en 1966, résolument en conflit avec son supérieur coincé, Kyusaku Hori, président du studio. Assigné à un navet peu inspiré et sous-financé, avec comme tête d’affiche l’idole des jeunes Tetsuya Watari, Suzuki envoya à Hori ceci : un doigt d’honneur malicieusement ironique, confusément elliptique et outrageusement stylisé pointé directement vers l’Homme, doté d’effluves des excès propres aux productions européennes « art-house » de l’époque, amplifiés par de délicieux décors (Takeo Kimura) et une trame sonore joyeusement branchée (So Kaburagi).

On dit qu’après TOKYO DRIFTER, Hori avait sommé Suzuki de ne plus faire de films « incompréhensibles ». Le légendaire BRANDED TO KILL (1967, noir et blanc) était essentiellement sa lettre de démission — et un chef-d’œuvre monochromatique de la folie du milieu des années 1960, ancrant la crédibilité de Suzuki au niveau contre-culture. Des différents légaux avait suivi son congédiement, mais trois décennies plus tard, Suzuki se réconciliait avec Nikkatsu et réalisait PISTOL OPERA (2001), prouvant que le provocateur « pop-art » était plus élégant, tordu et anarchique que jamais. Si la filmographie subséquente de Suzuki fut une balle d’argent en plein cœur d’un cinéma banal et médiocre, TOKYO DRIFTER ― cette indécente et étrange farce de style gangster-à-gogo ― était sur la gâchette.

— Rupert Bottenberg

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