Billets

Mondomanila

Première Canadienne
Film d'ouverture - Camera Lucida
Sélection officielle, Festival international du film de Rotterdam 2012

"More venomous than any of [John] Waters’ trash and more useful than any of [Alejandro] Jodorowsky’s excesses" — Oggs Cruz, TWITCH

Bienvenue à Mondomanila! Comme l'énonce d’emblée un vieil homme édenté, ce que vous vous apprêtez à regarder est dangereux. Vous serez témoins d'événements choquants, dégoûtants et même terrifiants. Vous y rencontrerez des individus pauvres, affamés, accros aux drogues, victimes de malformations, déviants ou criminels. N'allez pas les prendre en pitié ou les regarder d'un œil réprobateur, car ils vous répondront par un retentissant doigt d'honneur. Les gens ici en ont ras le bol des solutions à deux balles éructées par tous ces bien-pensants blancs comme neige. Ils n'en ont rien à foutre de leur compassion, de leur condescendance. Ils baignent dans l'illégalité et rament chaque jour comme des défoncés pour survivre, mais ils sont dignes, s'assument et sont avant tout heureux. Passez un agréable séjour à Mondomanila.

Dans ces bidonvilles évoluent des personnalités bien particulières, à commencer par Tony D, un adolescent junkie profondément cynique qui n'a pas la langue dans sa poche. Sa bande est entre autres composée d'un nain baraqué, d'un rappeur difforme et voyeur, d'un zoophile obsédé et d'un homosexuel persécuté par son père homophobe. Ils se droguent constamment, boivent sans retenue et parlent toujours de sexe. Un mélange de profonde amitié et de haine presque viscérale les unit. Lorsque Banners, un vieux pédophile blanc extrêmement raciste, viole le petit frère de Tony D, l'heure de la vengeance a sonné. Toute la meute sera mise à contribution.

MONDOMANILA, du talentueux cinéaste rebelle Khavn De La Cruz, est un véritable paradoxe. Ce pourrait bien être l'œuvre la plus controversée, voire choquante, présentée à Fantasia depuis A SERBIAN FILM, mais en même temps, elle se dévoile sous nos yeux de façon si enjouée avec ses numéros musicaux hétéroclites (la trame sonore est merveilleuse), que nous nous surprenons à sourire en regardant des ados se camer ou se faire toucher par un pédophile. C'est extrêmement malsain, mais ça impose une réflexion nécessaire sur la pauvreté extrême et tout ce qu'elle engendre. Si nous passions KIDS de Larry Clark, SELL OUT! de Yeo Joon Han et une pub de vision mondiale au blender, le tout badigeonné à la sauce Mondo, le résultat ressemblerait à MONDOMANILA. Cet OVNI, qui allie drame, comédie musicale, horreur, film expérimental et cinéma d'exploitation, avec une forte propension au style documentaire et à l'humour infiniment trash, ne laissera absolument personne indifférent. Vous ne serez plus les mêmes après votre visite à Mondomanila.

— Nicolas Archambault

Sponsors
Sponsors