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Halley

Première Canadienne
  • Mexique
  • 2012
  • 84 mins
  • DCP
  • Espagnol
  • Anglais (sous-titres)
Sélection officielle, Festival du film de Sundance 2013
Sélection officielle, Festival du film de Rotterdam 2013

Beto mène une existence sans vie. Homme de peu de mots au tempérament solitaire, il passe ses journées devant le téléviseur et ses nuits dans un gymnase où il travaille à titre de gardien de sécurité. Habité par une profonde mélancolie, Beto subit la monotonie d’un quotidien qui ne lui apporte aucun plaisir. On serait porté à croire qu’il s’est résigné à attendre la mort, mais ce serait oublier que cet événement fatal appartient au passé. Beto est un zombie. Son corps n’est qu’un fragile amas de chair qui se désagrège avec lenteur. Chaque jour, il fuit honteusement tout contact humain afin de dissimuler son insolite condition physique. Bien qu’il soit un mort-vivant, Beto n’a rien perdu de sa conscience et sait que sa fin approche. Les macchabées ne sont pas éternels et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne soit plus que pourriture. Mais au même moment où son état s’aggrave drastiquement, Beto fait une rencontre aussi inattendue que le passage d’une comète qui lui procure l’espoir et la vitalité qu’il ne pensait jamais retrouver.

Le cinéma mexicain s’est imposé avec le somptueux WE ARE WHAT WE ARE (Fantasia 2010) comme l’une des références incontournables du film de genre contemporain. Avec HALLEY, le nouveau venu Sebastian Hofmann cède le pas à Jorge Michel Grau pour raconter à son tour une histoire d’épouvante se déroulant dans un cadre hyperréaliste. Avec le même talent que Ken Loach, il nous entraîne dans le Mexico d’aujourd’hui, là où évolue secrètement l’une des figures phares du fantastique. La présence d’un zombie dans ce contexte urbain similaire au nôtre permet à Hofmann de donner image à certains des grands maux de notre société comme la maladie, l’aliénation et l’isolement. Cette dimension cérébrale de l’œuvre n’empêche pourtant pas HALLEY d’être un film riche en émotions. Beto est un personnage romérien profondément tragique auquel il est impossible d’être indifférent. Son infernale quête de rédemption arrache les larmes grâce à cette exposition d’un mal de vivre auquel nous pouvons tous nous identifier. Les cinéphiles qui vénèrent David Cronenberg seront également comblés par ces nombreuses scènes d’horreur corporelle qui feraient frémir un cadavre. Grâce à des effets spéciaux d’une qualité surprenante et à un esprit tordu capable d’imaginer les pires sévices, Hofmann réussit, sans ne jamais chercher la provocation, à nous faire ressentir l’insoutenable souffrance de son personnage. Réponse poétique à THANATOMORPHOSE qui figure également au programme cette année, HALLEY est un conte néo-gothique d’une grande sensibilité qui touche d’abord et avant tout par son humanité.

Fantasia 2013 - Halley from Fantasia Film Festival on Vimeo.

— Simon Laperrière

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