Billets

The Killing of America

Projection spéciale accompagnant le lancement du livre SNUFF MOVIES : NAISSANCE D’UNE LÉGENDE URBAINE d’Antonio Dominguez Leiva et Simon Laperrière

L’aube des années 70. Alors que le paysage médiatique nord-américain est bombardé d’images de violence, une terrifiante légende urbaine fait irruption dans l’imaginaire collectif. Des racontars prétendent qu’il se trouverait dans certains circuits érotiques privés des films représentant un paroxysme de l’obscénité cinématographique. Appelés « snuff movies », ces enregistrements donneraient à voir de véritables meurtres commis spécifiquement pour le besoin de la caméra. Ils seraient vendus à un coût exorbitant à des individus pervers blasés par la pornographie légalisée. Un vent de panique prend d’assaut les États-Unis et justifie à lui seul la création de plusieurs commissions d’enquête. Aucune d’entre elles ne réussira à prouver l’existence de ces productions clandestines. Pourtant, la rumeur persiste, crédibilisée par une série de manifestations audiovisuelles qui évoquent chacune à leur manière l’hypothèse catastrophique des snuff. L’une d’entre elles est l’un des documentaires les plus controversés de l’histoire du cinéma, l’inoubliable THE KILLING OF AMERICA.

« Tout ce que vous vous apprêtez à voir dans ce film est vrai. Rien n’a été mis en scène. » Ainsi s’ouvre ce long métrage transgressif co-scénarisé par Leonard Schrader, frère de Paul, l’explosif scénariste de TAXI DRIVER. En reprenant une structure propre aux mondo movies, ce documentaire se compose de plusieurs vignettes montrant l’Amérique dans toute sa déchéance. Chaque nouvelle image nous confronte à une violence sauvage, incompréhensible et tristement authentique. Constitué principalement d’archives télévisuelles, THE KILLING OF AMERICA recense divers événements historiques qui ont éclaboussé les États-Unis, allant de l’enregistrement de l’assassinat du président John F. Kennedy à la tragique fusillade de l’Université de Huston en 1966. Le film cherche également à percer le mystère des tueurs en série en revenant sur les cas de Ted Bundy, Charles Manson et Ed Kemper, l’Ogre de Santa Cruz qui accorde ici un entretien à Schrader lui-même. Bien qu’il possède une dimension indéniablement spectaculaire, ce collage réalisé en 1982 ne fait nullement l’éloge de la brutalité barbaresque présentée à l’écran. Au contraire, il tente plutôt de sensibiliser le public au chaos infernal dans lequel sombre sa société. Mise en garde urgente concernant la circulation des armes à feu, il n’a rien perdu de son actualité, tout comme la rumeur des snuff qu’il a nourrit par sa représentation extrême de notre continent. Voici donc l’opportunité de découvrir ce film rare qui n’a jamais eu droit à une sortie en salles nord-américaines et qui a participé à l’authentification d’une légende urbaine cauchemardesque.

— Simon Laperrière

Sponsors
Sponsors