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The Weight ("Mooge")

Première Nord-Américaine
GAGNANT : Prix Queer Lion, Festival international du film de Venise 2012
GAGNANT : Meilleur réalisateur (Jeon Kyu-hwan), Festival de films Black Night de Tallinn 2012
Sélection officielle, Festival international du film fantastique de Sitges 2012
Sélection officielle, Festival international du film fantastique de Bruxelles 2013

“A grotesque flight of fancy... impressively crisp” - Boyd van Hoeij, VARIETY

Oubliez le Gangnam Style, les bombes fuselées de la K-pop et les éphèbes aux mèches blondes, c’est une autre Corée que nous montre le vénéneux THE WEIGHT. Séoul prend des allures de cité minière d’Europe de l’Est : un enfer aux teintes glauques et au ciel chargé de suie. Les âmes perdues qui y survivent, acteurs de la plus étrange des histoires d’amour, sont l’employé bossu, tuberculeux et arthritique d’une morgue et son frère transsexuel. Jung maquille les morts pour les rendre présentables à leurs familles et accueille parfois les amours nécrophiles d’un motard qui garde son casque pendant ses ébats. Pour ce paria, représentant d’un lumpen que l’effervescence consumériste refuse de voir, les morts sont de bien meilleurs compagnons que les vivants et il les voit danser en des tangos languides. Son frère vient parfois s’échouer à la morgue, le visage tuméfié par des amants de passage.

THE WEIGHT cherche le diamant dans la boue, c’est-à-dire la pureté dans ces corps souffrants, l’un coincé dans la maladie, l’autre dans un sexe qui n’est pas le sien. THE WEIGHT va loin dans la noirceur et l’attaque des tabous, mais toujours sans complaisance et avec le souci de ne jamais réduire ses personnages à de simples marionnettes d’un petit théâtre de l’horreur. Jeon Kyu-hwan leur accorde toujours une rédemption et peuple leur imaginaire d’images naïves, d’une pureté désarmante, souvenirs d’une enfance qui leur a été volée. Autant dire que la violence de THE WEIGHT fait bien plus mal, émotionnellement, que celle de ses confrères alignant les « shibal » (fuck) dans leurs films de gangsters. Né en 1965, le réalisateur représente la frange dure du cinéma coréen, à la façon d’un Kim Ki-duk ou des nouveaux venus Bim Byung-hun (TOUCH) et Lee Donku (FATAL), auteurs de mélodrames à la lisière du film d’horreur. Ayant auparavant traumatisé quelques festivals avec ses drames naturalistes mettant en scène un pédophile (ANIMAL TOWN, 2010) et une immigrée nord-coréenne (DANCE TOWN, 2011), il s’aventure ici sur les voies de l’onirisme et se montre digne d’un Bukowski avec ce conte de la folie ordinaire à Séoul. Outre de nous offrir une tranche d’humanité saignante et un mélodrame bouleversant, THE WEIGHT marque l’apparition d’un auteur majeur du nouveau cinéma coréen.

— Stéphane du Mesnildot

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