Billets

Un Zoo la nuit

  • Québec
  • 1987
  • 115 mins
  • HD
  • Français
En présence des comédiens Gilles Maheu et Germain Houde et des producteurs Roger Frappier et Pierre Gendron.

Film d’ouverture, Quinzaine des réalisateurs, Cannes 1987
Prix FIPRESCI, Festival international de Toronto, 1987
Récipiendaire de 13 Prix Génie, 1988

« Une idée de scénario déchiré par ma propre dualité. La séduction primitive et sexuelle de la violence, son efficacité au cinéma : couper court à l'action, sauter sur le mouvement pour faire passer le raccord. Courir à toute vitesse pour ne pas laisser de place à la vie et créer le mensonge. Et ma peur profonde de l'insignifiance de la tendresse, de l'immobilité et de la longueur d'un plan séquence. S'arrêter, étirer le temps pour sentir le souffle de l'acteur, regarder le monteur dans les yeux pour attendre la mort et se buter à la fin du film. Une dualité dramatique qui s'affronte dans le traitement cinématographique : deux rythmes, deux styles d'Un Zoo, la nuit. Je suis cinéaste parce que je n'arrive pas à vivre la réalité au moment où elle m'entoure. Alors, je raconte des mensonges au sujet d'une histoire que j'ai déjà vécue et quand tout cela se concrétise sur la pellicule et qu'au bout il y a un film, moi je n'y pense plus, et je me demande pourquoi je l'ai fait ! C'est vrai que c'est magnifique un éléphant, mais moi je préfère le sourire d'Albert. » - Jean-Claude Lauzon

Après deux ans derrière les barreaux, le musicien Marcel quitte la prison de Bordeaux en liberté conditionnelle. Il retrouve son studio, mais également le Montréal crade qu’il connaît, avec ces lieux malsains fréquentés par des petits magouilleurs et des prostituées. Prêt pour un nouveau départ, il est immédiatement rattrapé par son passé. Une vielle histoire refait surface en prenant la forme de deux policiers corrompus avec des comptes à régler. Ces scélérats savent que l’ex-détenu dissimule quelque part une importante somme d’argent et sont prêts à tout pour la récupérer, même à s’en prendre à ses proches. Ayant la mort aux trousses, Marcel retrouve son père Albert chez qui il a caché le magot. Ouvrier de carrière rongé par la solitude depuis son divorce, cet homme simple se sent complètement dépassé par les agissements de son fils. Dans une dernière tentative de reconnexion, Albert et Marcel fuient la ville pour la tranquillité de la forêt. Leur partie de pêche est cependant de courte durée. Hospitalisé à cause de ses graves problèmes de cœur, Albert n’en a plus pour très longtemps. Il demande alors à son fils une ultime et curieuse faveur.

En 1987, un film secoua le Québec en entier. Jamais le spectateur d’ici n’avait vu sa province décrite avec autant de réalisme et de sincérité. Œuvre en avance sur son temps, UN ZOO LA NUIT de Jean-Claude Lauzon abordait de plein fouet les conflits intergénérationnels, thème aujourd’hui central de notre cinéma national. Par ce regard amer mais également plein de compassion qu’il pose sur notre société, ce premier long métrage révolutionnaire anticipe les films de Louis Bélanger, Bernard Émond et Rafaël Ouellet. En prenant l’audacieux parti pris de faire croiser drame familial et roman noir, une première à l’époque, Lauzon nous fait traverser un amalgame d’émotions contradictoires en racontant les retrouvailles entre deux hommes que tout sépare. Dans ces rôles, Roger Lebel et Gilles Maheu forment un duo d’acteurs extraordinaire faisant preuve d’une rare authenticité. Leur chimie se fond à merveille dans la poésie du quotidien dépeinte par Lauzon, une vision d’auteur unique emblématisée par cette inoubliable conclusion qui marquera votre imaginaire à jamais. Avec UN ZOO LA NUIT, Jean-Claude Lauzon s’imposa comme un artiste intègre et irréprochable digne des plus grands, un titre qu’il confirma cinq années plus tard avec le film d’une génération : LÉOLO.

La projection d’UN ZOO LA NUIT au Festival Fantasia est non seulement un hommage à ce cinéaste, disparu trop tôt, mais elle donnera aussi lieu à la remise à la Cinémathèque québécoise d'une sculpture faite par Lauzon alors qu'il étudiait en art, ainsi que d'un scénario de LÉOLO, annoté par son auteur. Le dépôt de ces objets de mémoire a été rendu possible par Éléphant, dont le programme est de numériser, restaurer et rendre accessible au public l'ensemble des longs métrages dramatiques québécois.

— Simon Laperrière

Sponsors
Sponsors