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L’Amour braque ("Limpit Love")

  • France
  • 1985
  • 101 mins
  • 35mm
  • Français
En présence du réalisateur Andrzej Zulawski

“Frighteningly kinetic… never less than cinematic poetry direct from the gut” - John White, THE DIGITAL FIX

Un vol de banque en masques de Disney… Un homme de main armé d’un lance-flammes… Une fille taillant une pipe dans un boudoir rouge comme le sang… L'AMOUR BRAQUE est probablement le film le moins français que vous allez jamais voir. Andrzej Zulawski transpose “L’Idiot” de Dostoïevski du Saint-Pétersbourg du 19e siècle au Paris du 20e siècle – avec des résultats dévastateurs. Le film retrace les conséquences désastreuses de la libération d’un innocent dans un monde cruel et cynique. Sophie Marceau (dans son premier film pour les adultes) joue Marie, une prostituée belle mais meurtrie qui est déchirée entre la passion dévorante d’un truand brutal (Tchéky Karyo) et la gentillesse d’un émigré hongrois sans le sou (Francis Huster), qui est très possiblement fou…

Filmé de façon saisissante par Jean-Francois Robin, L'AMOUR BRAQUE dévoile les hauts étincelants et les bas sordides d’un Paris pourri sur le point d’exploser. L’équivalent cinématographique d’une bombe d’un terroriste qui exploserait pendant l’heure de pointe, L'AMOUR BRAQUE est le comic book pour adultes que THE DARK KNIGHT ne pouvait que rêver d’être.

S’inspirant du langage visuel des bandes dessinées françaises (les fans d’Enki Bilal seront au paradis), le film le plus tendu de Zulawski inclut aussi les dialogues profanes, lyriques et poétiques du légendaire chansonnier anarchiste français Etienne Roda-Gil. De l’argot guttural, des jeux de mots déments, des métaphores follement mélangées et un déluge de citations (englobant tout du drame russe à la poésie française décadente et aux manifestes révolutionnaires) font que L'AMOUR BRAQUE sonne aussi baroque qu’il en a l’air. De plusieurs façon, c’est une œuvre qui complète le deuxième film de Zulawski, DIABEL (1972), de par la façon rêveuse dont elle remet en question le bien et le mal parmi ceux qui sont en faillite morale. L’éclairage en néon, les habits couleur pastel, les Cadillacs roses et les prises de bec (sans oublier la coupe de cheveux à la Louise Brooks de Marceau) font de L'AMOUR BRAQUE un film de crime unique, une version postmoderne du « yurodivy » (fou sacré) russe croisée avec des éléments des films de gangsters classiques hollywoodiens et des comédies musicales de Busby Berkeley. Sans doute le film le plus extrême de Zulawksi, L'AMOUR BRAQUE est une œuvre complètement sans compromis qui joue non seulement avec les clichés des films de genre, mais qui pousse aussi ses acteurs jusqu’à leurs limites tout en exigeant un niveau sans parallèle d’investissement à la fois émotionnel et intellectuel de la part du spectateur. « Attachez vos ceintures, ça va être une soirée forte en rebondissements. »

— Daniel Bird

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